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AINSI PARLAIT L'ALOE VERA (Suite)

L'Aloès dans l'Antiquité Gréco-Romaine

L'insistance d'Aristote ne doit pas étonner puisque le grand Hippocrate, son contemporain, me connaissait bien et sût décrire mes diverses propriétés médicinales. Dès l'Antiquité Gréco-Latine, je m'intègre aux pratiques médicales, comme le confirment bien plusieurs textes classiques.

En Grèce, vers l'an 25 de notre ère, le pharmacologue Celsus recensait dans une ouvrage les méthodes arabes pour soigner les désordres intestinaux avec l'Aloès. Vers 74 apparaissait le "DE MATERIA MEDICA" de Pedanius Dioscorides, médecin de l'armée romaine. Ce livre devait rester pendant plus de 1500 ans l'une des plus importantes références en matière de botanique médicinale. Dans ce traite, Dioscorides rapportait les propriétés de l'Aloe vulgaris, un des anciens noms de l'Aloe Vera. Non content de signaler mes propriétés laxatives, il mentionnait également ma capacité à faire coaguler le sang des blessures, à soigner les contusions, les écorchures et les gerçures, à éliminer les furoncles, à calmer les douleurs des yeux, à arrêter la chute des cheveux, à se débarasser des hémorroïdes, à soulager les ulcères génitaux, etc...

Parimi les témoignages antiques, on retrouve également celui de la célèbre école de médecine des Salermitains établie à Salerne en Campanie. Cette école a résumé mes propriétés en des vers fameux :

Il sèche une blessure, il ravive la chair
Du prépuce malade il détruit le Cancer
Purge d'humeur les yeux, la tête dégagée
L'oreille oblitérée et la langue chargée
D'un débile estomac ranime la vigueur
Arrête des cheveux la chute et la langueur
Il soulage le foie et guérit les ictères.

Vers la même époque, chez les Romains, Pline l'Ancien me consacre quelques pages dans son "Histoire naturelle". Quoiqu'il me décrive surtout comme un purgatif, il semble au courant de mes autres propriétés, comme par exemple celle d'éliminer les taches de naissance. Il rapporte aussi une méthode pour soigner la dysenterie qui consiste à injecter de l'aloès à l'aide d'une poire de lavement.

A côté de cela, il cite différentes recettes médicales dans la composition desquelles j'entre pour une large part. En voici certaines.
Pour empêcher la perte des cheveux, me mélanger avec du vin et frotter le cuir chevelu avec ce mélange. Pour soigner les saignements de la bouche ou de la gencive, me mélanger avec du miel. Pour éliminer les hémorroïdes, me combiner avec du vinaigre. Et pour soulager les maux de tête, il enjoignait de me combiner avec de l'huile de rose et du vinaigre.

- Essayez au moins la recette avec le miel. Elle est très pertinente, puisque les propriétés désinfectantes et cicatrisantes que la tradition attribuait au miel semblent aujourd'hui reconnues par la science.
Pour guérir les plaies sérieusement infectées, des chirurgiens ont en effet remis à l'honneur cette méthode traditionnelle qui consiste tout simplement à bourrer les plaies avec du sucre ou du miel. Et même le bon vieux sucre blanc tant décrié fait parfaitement l'affaire !
Depuis trente ans, des médecins de tous les coins de l'Europe on publié des rapports dans la revue médicale "The Lancet" où ils affirment avoir réussi avec le sucre là où tous les autres remèdes avaient échoué (antibiotiques, etc.). Cette méthode aurait notamment fort bien fonctionné pour des escarres très infectées ou des blessures par balles. Mais, elle s'est également avérée très efficace dans le cadre d'opération à coeur ouvert où la moindre infection peut être fatale.

Ma diffusion dans le monde asiatique

C'est aux alentours du 6ème siècle avant Jésus-Christ, que semble-t-il, les marchands arabes commencèrent à répandre mon usage en Inde, au Tibet, en Malaisie, à Sumatra, dans les Indes occidentales et même un peu plus tard en Chine.

Quoi qu'il en soit, on sait maintenant que j'ai été de très bonne heure inscrit dans la pharmacopée de la médecine ayurvédique, médecine traditionnelle de l'Inde. Certains textes médicaux m'auraient mentionné dès le 4ème siècle avant notre ère. Sous le nom de Musabbar, mon usage ne s'est pas limité à celui d'un laxatif. On m'utilisa - et on m'utilise toujours - comme tonique et antihelminthique (élimination des vers parasites) ou pour traiter diverses affections : hépatite, vomissements, fièvre, maladies de la peau, lèpres, jaunisse et beaucoup d'autres. Les Indiens ne se sont pas contentés de m'employer sous forme d'extrait importé mais on aussi utilisé ma feuille fraîche, comme c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui.

En Chine, on me nommait Lo-hoei, ce qui est sans doute une déformation du mot arabe "alloeh". Cela n'est pas surprenant, dans la mesure où les Chinois semblent m'avoir surtout connu sous ma forme résineuse telle qu'importée par les Arabes. On possède des témoignages écrits de mon utilisation durant les dynasties Tang, Sung et Ming (618 à 1643). On m'y employait bien sûr comme purgatif, mais aussi pour éliminer les vers et traiter l'eczéma, les maux d'estomac et les brûlures diverses. Et je servais encore pour traiter les brûlures thermales au début du 20ème siècle.

L'Afrique

Si j'étais bien connu en Egypte, je l'étais également dans le reste de l'Afrique où le climat me fut toujours très favorable.

Pour faire ses recherches sur les aloès, le botaniste anglais M. Miller voyagea beaucoup en Afrique. C'est l'un des botanistes qui a fait le plus de recherches sur les aloès, comme en témoignent les nombreux ouvrages, forts savants, qu'il m'a consacrés. Son nom est même accolé au nom latin de plusieurs types d'aloès, comme par exemple L'Aloe arborescens Miller ou l'Aloe africana Miller.

La petite histoire raconte qu'au Cap de Bonne Espérance, Miller vît des indigènes dont la peau était resplendissante, même chez les plus âgés. En les regardant vivre, il découvrit que ces indigènes employaient le gel d'une espèce d'aloès pour se laver la peau et les cheveux. Aujourd'hui, on pense que ce gel a non seulement un effet astringent sur les pores de la peau, mais qu'an plus il protège des rayons solaires, qui causent en grande partie les rides.

Suite à la découverte de Miller, les savants européens ont surnommé "Aloe saponaria", l'aloès dont les Africains tiraient ce puissant savon liquide. "Aloe saponaria" signifie en fait "aloès savon", puisqu'en latin savon se dit "sapo, saponis".

Mais, l'Aloe saponaria ne servait pas seulement de savon. Avant de partir à la chasse, les chasseurs africains s'enduisaient le corps du jus de l'Aloe saponaria, pour réduire la transpiration et éliminer les odeurs humaines. Ils l'utilisaient aussi pour se débarasser des teignes, chasser les moustiques et soigner les blessures en appliquant des feuilles entières.

Le célèbre explorateur Sir Robert Burton rapporte également que les Gallas, un peuple installé en Ethiopie et en Somalie, plantent des aloès autour des tombes. Selon leur croyance, lorsque que je fleuris, cela indique que la personne décédé a réussi à entrer dans les jardins de Wak, le créateur.

Les Sutos, pour leur part, exigeait que tout le village se baigne publiquement dans une infusion d'aloès en cas d'épidémie de rhume. Quant aux Bantous d'Afrique du Sud, ils employaient une vingtaine d'espèces d'aloès pour soigner les brûlures, les dermites, les inflammations des yeux, les rhumes, les affections vénériennes, les hémorroïdes, la constipation, et les troubles intestinaux dont ceux provoqués par les vers.

En Amérique

Le Mexique, l' Amérique Centrale et l'Amérique du Sud sont sans doute parmi les régions du monde où mon usage fut toujours le plus répandu, et ce jusqu'à nos jours. Traditionnellement, en Colombie, les parents étendaient mon jous sur les pieds et les mains de leurs enfants pour les protéger des piqûres d'insectes. En Amérique Centrale et en Amérique du Sud, les Indiens m'ont utilisé durant des siècles pour traiter les brûlures, les infections des reins et de la vessie, l'inflammation de la prostate ainsi que pour augmenter la puissance sexuelle et la longévité.

A propos de longévité, chez les Indiens Séminoles de la Floride, il existe d'ailleurs la légende de la "Fontaine de Jouvence", une fontaine qui jaillissait au centre d'un groupe d'Aloe Vera. La légende veut que les gens âgés qui se baignaient dans les flots de cette source rajeunissaient.

On trouve aussi de nombreuses légendes ou histoires qui témoignent de mon utilisation chez les Mayas du Yucatan. On dit que les jeunes-filles mayas étendaient mon jus sur leur visage pour conserver intact leur teint virginal. On rapporte également que les mères enduisaient leurs mamelons avec mon jus amer pour sevrer leurs bébés et qu'il était courant de m'appliquer en cataplasme autour de la tête pour soulager les migraines. La persistance de tels usages au Mexique et deans le Sud des Etats-Unis laissent croire que ces rapports n'étaient pas sans fondement.

L'influence des Jésuites

Dans ce Nouveau Monde subtropical, ma présence et mon utilisation thérapeutique s'expliquent par l'influence des Pères Jésuites espagnols et portugais qui , au XVe et XVIe siècles, suivront les explorateurs du Nouveau Monde. Ces Jésuites apporteront avec eux leurs profondes connaissances médicales. Ils connaissaient parfaitement les textes anciens mentionnant mes propriétés et savaient comment me faire pousser et utiliser mon jus frais. Rien d'étonnant d'ailleurs puisque je poussais abondamment en Espagne et au Portugal.

De plus, ils m'apportèrent avec eux en pot ou en graine. Cristophe Colomb m'avait d'ailleurs surnommé le "Docteur en Pot". Certains me transportaient même tel quel sans terre, puisque je peux survivre ainsi jusqu'à des années après que l'on m'ait arraché à ma Terre-Mère. Cette propriété s'explique largement par ma capacité à conserver mon humidité grâce à mes feuilles caractéristiques.

Les missionnaires Jésuites vont contribuer à ma diffusion en me faisant pousser et en apprenant aux indigènes à profiter de mes multiples vertus médicinales.

Les médecins et les chroniqueurs qui voyageaient avec Christophe Colomb crurent noter ma présence à Cuba et sur d'autres îles des Caraïbes. Ainsi, Diégo Alvarez Chanca, un médecin qui voyagea avec Christophe Colomb lors de sa deuxième traversée, notait en 1494 qu'à Hispaniola (Cuba) : "Il ya des aloès également, quoiqu'ils ne soient pas cependant de l'espèce que nous connaissont en Espagne, mais qu'ils appartiennent néanmoins à l'espèce que nous, les docteurs, utilisons. "

En soi, cette présence n'a rien de surprenant puisque les conditions climatiques m'y sont tout à fait favorables. Rien ne prouve cependant que les premiers explorateurs du Nouveau Monde aient réellement vu des aloès. Ils m'ont peut-être tout simplement confondu avec l'Agave, d'ailleurs surnommé souvent l'"Aloès américain".

Le mystère de mes origines demeure donc. D'où est-ce que je viens exactement ? Qui m'aurait installé en Amérique où ma présence est nimbée de lointaines légendes ? Quels marchands ou quels peuples disparus m'auraient installé sur cet immense continent depuis longtemps isolé de tous les autres ? Certaines légendes font même remonter mes origines jusqu'à l'Atlantide. Et de cette île mythique, des être super évolués m'auraient fait connaître à leurs voisins barbares du bassin méditérranéen.

Ici les pistes se brouillent et personne ne semble avoir de réponse satisfaisante. Mais quel que soit mon lieu d'origine, une chose est certaine : c'est grâce au peuples chamito-sémitiques, et en particulier aux Arabes, que ma réputation se répandit à travers le monde.

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